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Hervé Morin : Dix axes pour la culture et les médias

Publié le 8 Décembre 2011 par Noubar KECHICHIAN in Présidentielles 2012

morin2012.pngLa Culture tout comme la formation et la recherche, relève davantage de l’être que de l’avoir. Elle est, à ce titre, la clé du progrès et de l’innovation dans nos sociétés et doit donc être prioritaire dans une économie de la connaissance. A l’heure des grands défis, des doutes et des questions qui se posent à notre monde, la culture est ce qui permet d’être dans l’avenir. Elle est pour chaque individu un moyen de mieux comprendre le monde, de s’émouvoir, de réfléchir grâce aux créateurs, aux artistes et aux intellectuels, d’atteindre quelque chose de l’ordre du sensible.

Aussi la Culture n'est pas le simple chapitre d’un programme politique : elle est la composante de notre projet pour la nation. Dans la France « éclatée » qui est aujourd’hui la nôtre, elle est un moyen - grâce aux artistes - de retisser du lien. Elle constitue un facteur d'intégration et de cohésion nécessaire à la reconstruction du pacte républicain, ce qui invite à la reconnaissance des identités culturelles diverses de notre pays.

La mondialisation et la révolution numérique transforment nos pratiques culturelles, les modes économiques et de régulation sur lesquels s’était jusqu’alors construit le modèle français.

 

1. Affirmer la place de l’artiste dans la société

Alors que nous vivons justement une crise des valeurs, un délitement du lien social de manière accélérée et l’apparition de nouvelles formes d’échanges grâce aux nouvelles technologies, les artistes doivent être plus que jamais porteurs de réflexion et de sens. Ils nous livrent une version critique et prospective du monde à venir. Dans le basculement de civilisation que nous vivons, inscrire l’art et les artistes au plus proche de nos concitoyens est donc une nécessité. Reconnaître cette vocation particulière, c’est aussi reconnaître le statut de l’artiste, lui reconnaître le droit à pouvoir vivre de son métier, à la formation, à l’insertion, voire à la réinsertion. 

Je propose de :

- construire une architecture de l’emploi artistique en réaffirmant, notamment, la singularité de l'intermittence par un régime équitable durable et vertueux.

- Garantir aux créateurs le respect de leurs droits d’auteur et aux artistes-interprètes celui de leurs droits voisins.

- Consolider les filières de formations initiale et continue, ainsi que rapprocher les artistes des institutions.

 

2. Agir pour la démocratisation culturelle

On constate aujourd’hui que la démocratisation culturelle, chère à Malraux, est en panne : l’activité culturelle reste souvent l’apanage d’une minorité de nos concitoyens. Etant donné que les inégalités - géographiques, sociales, économiques… - d’accès à la culture et aux savoirs n’ont pas disparu, il apparaît essentiel de développer toutes les formes possibles de transmission et de partage.

- Il s’agit de profiter de la dynamique de l’intercommunalité pour mettre en œuvre les équipements structurants manquants au sein des communautés de communes, d’agglomération ou urbaines, jusqu’au cœur des territoires (bibliothèques, écoles d’art, maisons des artistes…).

- Il faut développer les conventions de développement culturel, notamment dans les zones les plus reculées.

- La diffusion des œuvres sera encouragée : pour le spectacle vivant, le déplacement devrait figurer au rang des missions des grandes institutions et des compagnies (exemple de la Comédie Française).

- Pour pallier le déficit de diffusion du spectacle vivant, on constituera un fonds d’aide État-Région à la diffusion, dans le but d’enclencher un cercle dynamique vertueux qui contribuerait à développer les circuits et les réseaux de diffusion et permettrait de valoriser le travail accompli pour une production.

- On veillera à faire circuler les œuvres d’art des grandes institutions parisiennes dans nos régions, avant de s’occuper à les faire voyager dans le monde (dépôts, coopérations avec les musées de province pour l’organisation de grandes expositions, stimulation des institutions interrégionales pour travailler davantage en réseau et intensifier la politique de prêts).

 

3. Inscrire l’enseignement ainsi que l’éducation artistique et culturelle au rang de nos priorités

- Mettre en œuvre la loi relative à la décentralisation des enseignements artistiques de 2004.

- Pour réduire la fracture culturelle, l’éducation artistique et culturelle à l’école doit être effectivement mise en œuvre, ce qui, dans un cadre interministériel renforcé (Culture-Éducation nationale), ira de pair avec une refondation des rythmes scolaires pensée dans le cadre d’un temps global de l’enfant (scolaire, péri- et postscolaire), en lien avec les collectivités locales et les associations.

En outre, face à la montée en puissance de la culture de l’écran, un plan d’éducation aux médias et au numérique sera développé (en lien avec le cours d’instruction civique).

- Les pratiques amateurs seront encouragées et développées : par l’ouverture des écoles d’enseignements artistiques aux adultes pour l’apprentissage ou la poursuite des pratiques en amateurs ; par un projet de loi sur le statut de l’amateur et la participation des amateurs à des représentations du spectacle vivant, dans le respect du Code du travail ; par la valorisation des associations, notamment d’éducation populaire, qui développent ces pratiques pour leurs concitoyens.

- Les projets culturels seront développés dans les quartiers, à travers le service civique.

- On étudiera les moyens de lever les obstacles financiers qui subsistent. La gratuité des musées ne suffit pas et a démontré ses limites. On développera les politiques d’incitation, par exemple une entrée gratuite pour un enfant accompagné d’un adulte, et toute forme de dispositif d’accompagnement.

 

4. Agir pour la diversité culturelle et le pluralisme des médias

Il est important de préserver la liberté de penser et de s’informer, tout en garantissant l’équilibre des pouvoirs et l’émergence de contre-pouvoirs :

- Garantir un équilibre entre service public, chaînes privées et nouveaux entrants (par un seuil de concentration pertinent).

- Garantir l’indépendance du service public (financements, nomination du président).

- Garantir le pluralisme des médias (incompatibilité d’une position dominante dans un média avec des intérêts industriels ou avec la situation de bénéficiaire de la commande publique).

 

5. Protéger et promouvoir nos patrimoines (matériels et immatériels)

Il s’agit de conforter l’effort financier en faveur des monuments historiques, tout en accélérant les plans de numérisation propices à la valorisation et à la diffusion des savoirs.

6. Encourager la création et soutenir l’innovation

- Valoriser et soutenir la culture scientifique grâce à la production et la diffusion de documentaires, ainsi qu’un accompagnement des centres de culture scientifique, muséums d’histoire naturelle...

- S’intéresser aux arts numériques et aux pratiques culturelles qui en découlent ; soutenir les innovations dans ce domaine.

- Encourager la création sous toutes ses formes, notamment le spectacle vivant qui, à l’ère du numérique, pourrait être délaissé.

 

7. Moderniser nos institutions culturelles

- Les nominations à la tête des grands établissements doivent être plus transparentes et impartiales : le choix des directeurs d’établissements culturels doit se faire sur un projet artistique, avec avis consultatif du Parlement.

- Des moyens nécessaires et stables seront garantis à la culture et aux médias: le budget du ministère sera sanctuarisé à au moins 1 %, l’octroi de financements sera conditionné à des projets portés par plusieurs collectivités (priorité à la mutualisation des moyens, plutôt qu’un éparpillement sur des projets souvent superposables, voire concurrentiels).

- Pour développer de nouveaux financements, on encouragera le mécénat, notamment en simplifiant le régime des fondations et autres associations sans but lucratif, et de nouvelles sources de financement seront imaginées (éventuelle extension de la taxe fiscale sur le théâtre privé ; fonds dédié à la création artistique financé des nouveaux entrants et bénéficiaires de contenus sur Internet…).

 

8. Considérer le numérique comme une véritable opportunité et accompagner les médias et les industries culturelles dans cette évolution

Les règles doivent être adaptées à la lumière d’un modèle économique global permettant d’assurer une juste rémunération des auteurs, et de préserver la culture française et européenne, sans esprit de stigmatisation des internautes dont il faut protéger les libertés.

Le rôle de l’Etat doit consister à permettre l’émergence d’une offre légale qui soit aboutie, plus lisible, riche, ergonomique et abordable.

Il nous appartient de favoriser un développement durable des biens culturels sur internet, prenant en compte les nouveaux acteurs de l’internet et les nouveaux bénéficiaires, ainsi que la promotion d’une stratégie industrielle globale du numérique européen.

 

9. Promouvoir la francophonie

La francophonie, c’est d’abord la fierté de la langue française : c’est la connaître, la parler, l’apprendre, la respecter, la pratiquer dans ses arts et dans ses lettres, dans ses armes économiques comme dans ses lois.

La mobilité internationale des étudiants est un formidable vecteur pour la diffusion de notre langue. La mise en réseau, au niveau mondial, des écoles et des universités francophones, en lien avec les services culturels français à l’étranger et les entreprises françaises implantées à l’étranger, permettra de faciliter l’apprentissage et la diffusion de notre langue par l’élite mondiale, dans les milieux universitaires, culturels et économiques.

 

10. Promouvoir une Europe de la culture et soutenir une politique d’action culturelle française

 

Réaffirmer ou affirmer que l’Europe doit être d’abord un enjeu de civilisation avant d’être une zone d’échanges et un simple marché économique et financier plus ou moins pourvu de régulation. L’Europe, pour les centristes, c’est aussi un espace de valeurs. En conséquence l’Europe doit aussi s’organiser pour faire vivre ces valeurs notamment portées par les cultures européennes, dont celle de la France.

- Agir en faveur d’une fiscalité européenne harmonisée et réduite pour tous les biens culturels.

- Faciliter la mobilité des œuvres, des étudiants et des artistes. On pourra notamment harmoniser la formation (reconnaissance des diplômes de l’enseignement artistique).

- Renforcer la diplomatie culturelle de la France et la diffusion à l’international à travers le réseau Cultures France.

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