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Génocide arménien: Lutter contre le négationnisme

Publié le 21 Avril 2013 par Noubar KECHICHIAN in Point de vue

407879_238723719541900_201864666_n.jpgA l'approche des 98ème cérémonies de commémoration du génocide aménien, je vous propose de découvrir ou redécouvrir ma position pour la lutte contre le négationnisme, exprimée en janvier 2012 à l'occasion de la célébration de la loi de 2001 reconnaissant le génocide et en plein débat sur le vote d'une loi punissant les négationnnistes du génocide de 1915  :

 

"Nous célébrons aujourd’hui le 11ème anniversaire de la reconnaissance par la France du Génocide arménien. L’actualité nous impose aussi d’évoquer le vote de la loi anti-négationniste.

 

Avant d’aller plus loin, je salue et je remercie bien entendu l’ensemble des élus, parlementaires, militants associatifs, politiques ou simples citoyens qui ont contribué à nos victoires contre ce crime et sa négation, et ont permis de rendre en partie justice aux martyrs de 1915.

 

Je vais peut-être surprendre un certain nombre d’entre vous mais les sentiments que j’exprimerai cet après-midi sont la tristesse et la colère.

 

Tristesse de constater qu’il nous faut toujours attendre des élections pour faire avancer cette juste cause.

 

Tristesse de voir que nous avons involontairement laissé ce crime contre l’humanité être réduit à un vulgaire enjeu électoral.  

 

Tristesse de voir des dizaines de propositions de loi tenter leur chance avec plus ou moins de succès, à travers des niches, oui chers amis, des niches parlementaires, alors que cette noble cause mérite la dignité d’un projet de loi gouvernemental.

 

Je le sais, certains ici me reprocheront de voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. Ils me diront que malgré les imperfections, c’est le résultat qui compte.

 

Et bien permettez-moi d’exprimer quelques inquiétudes ! Nous avons cru en 2001 que nous avions accompli notre devoir. Et nous avons un peu trop rapidement relâché notre vigilance et notre travail d’information de la population. Le Gouvernement turc a au contraire intensifié sa politique négationniste et peaufiné sa stratégie. Nous devons prendre conscience que la justesse de notre cause ne suffit pas. Notre dernière victoire fragile, obtenue à l’arraché au Sénat, sera remise en cause si elle passe devant le Conseil constitutionnel car nous avons subi durant ces dernières semaines une incroyable propagande hostile.

 

Et comment ne pas ressentir de la colère face aux salissures déversées à longueur d’émissions radiophoniques ou télévisées, d’articles de presse, nous présentant nous les victimes, comme des revanchards, des jusqu’auboutistes, des obscurantistes opposés à la liberté d’expression alors que nous demandons juste que la vérité historique ne soit plus travestie et que l’on assassine plus notre mémoire.

 

Des libertaires décadents, incapables d’empathie pour nos souffrances, étonnement légers avec nos valeurs humanistes et de justice, nous expliquent froidement que nous avons bien vécu un génocide, mais que nous devons nous contenter de sa reconnaissance et accepter sa négation ! Après avoir supporté 97 ans d’injustice, au nom de quel droit peut-on nous demander, nous descendants des rescapés de ce génocide, d’accepter de nous faire insulter ?

 

Et je suis triste de constater qu’avec le silence assourdissant des défenseurs de notre démocratie, ces enragés de la négation du génocide de 1915 ont réussi avec leurs arguments erronés à convaincre une part importante de la population et tentent désespérément de bloquer la loi auprès du Conseil constitutionnel.

Non, la liberté d’expression n’autorise pas l’insulte !

La liberté d’expression s’arrête lorsqu’elle salit la mémoire des victimes du génocide, lorsqu’elle porte atteinte à l’intégrité morale des survivants !

De même, la liberté de l’historien s’arrête lorsqu’il est payé par un gouvernement pour réviser la vérité historique.

 

Dites-moi aussi, chers amis, comment ne pas être en colère en constatant que le samedi 21 janvier dernier, les autorités publiques ont autorisé un comité Talaat Pacha à défiler à Paris ? Pour faire le parallèle avec la Shoah, c’est comme si elles avaient laissé un Comité Hitler manifester pour demander l’abrogation de la loi Gayssot ! Cela est inacceptable ! Honte aux autorités préfectorales pour leur manquement !

 

Pour finir, je suis effaré de voir que cette loi ait été polluée par des considérations secondaires telles que la constitutionnalité, ou la vocation du parlement... Alors que le cœur de cette loi, son point essentiel est la défense des valeurs humanistes, de la dignité des victimes et de l’avenir de l’Europe.

 

Cette loi anti-négationniste n’est pas réservée aux Arméniens, elle a une portée universelle. On ne peut pas, on ne doit pas la réduire à un règlement de compte arméno-turc car elle porte un message de paix pour toute l’humanité.

 

Et c’est ce message que nous devons porter à nos familles, nos amis, nos voisins, nos collègues de travail, notre entourage et au delà à toute l’opinion publique française et mondiale. Ce n’est que par ce travail d’explication que nous pourrons faire tomber le mur du mensonge que continue à dresser le gouvernement turc."

 

Pour des raisons obscures, le Conseil constitutionnel a censuré cette loi antinégationniste. Aujourd'hui, malgré les engagements des Présidents Sarkozy et Hollande, on peut continuer impunément à nier ce crime contre l'Humanité. Enfin, il faut dénoncer les pressions des milieux d'affaires et du gouvernement turc qui exercent sur la France un véritable chantage économique pour bloquer la présentation d'une telle loi.

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